| Nulle
part sur cette terre la nature n'a produit un cycle biologique
aussi complexe que dans le sol. Toute civilisation naît sur
quelques centimètres de sol
vivant,
progresse avec la fécondité de cette mince couche, dégénère
et disparaît avec elle.
L’humus constitue la couche superficielle du sol, indispensable à une
bonne fertilité des sols.
Il
est le résultat des transformations de la matière organique
sur le sol est dans le sol, de ses combinaisons avec les minéraux
et de ses peuplements microbiens. Il est le support des propriétés
biologiques et fonctionnelles du sol et de ses espérances de
production. Il est l’expression des relations effectives entre
la terre qu’il rend vivante et les autres organisations vivantes,
il est le lien entre la terre et l’homme.
Il
a un sens pour les chimistes, un autre pour les écologues, un autre
pour les philosophes et les poètes.
Pour
les paysans d’hier il était la substance, la vieille
graisse de la terre. La destruction de l’humus est un drame
dont l’ampleur
et l’évolution étreignent la gorge de tout observateur éclairé.
Son étude fait ressortir l’écrasante responsabilité de
l’homme dans cette destruction. Or le mal s’aggrave de
manière accélérée. Il risque s’y
nous n’y prenons garde tout de suite d’évoluer vers
un point de non retour qui signifiera la mort de la planète,
la mort de l’homme et la mort des civilisations. Les restes des
civilisations disparues laissés par l’homme sur tous les
continents à toutes les époques de son histoire et notamment
là où les déserts ont succédé à une
occupation florissante, disent et redisent avec brutalité que,
lorsque l’humus est épuisé, l’homme succombe à la
misère et les civilisations succombent.
La
matière
organique est prise et reprise par cent bouches, digérée
par cent estomacs successifs, dissociée et reconvertie en nouvelles
substances nourricières par des milliards de microbes et rentre
dans le patrimoine commun des vies à venir dont le sol est le
berceau. |